Le sens de la réussite professionnelle après le covid-19

April 21, 2020

Bonjour tout le monde, j’espère que tu vas bien en cette période incertaine.

Voilà déjà quelques semaines qu’une réflexion trotte dans ma tête.

 

Alimentée par plusieurs facteurs, les prises de paroles de notre président, le confinement, la chute de l’économie, je souhaite partager cette réflexion.

 

L’autre jour je suis allé faire quelques courses à la supérette du coin. Le responsable de magasin m’informe qu’il approvisionne ses stocks petit à petit s’il ne veut pas que les clients dévalisent les stocks de farine (merci à lui j’ai pu avoir un peu de farine).

 

Et puis je me suis tourné et j’ai vu toutes ces personnes qui continuent à travailler en caisse, en rayon ; grâce à leur travail, à leur gestion, leur présence, nous pouvons continuer à vivre, à manger à notre faim. Ce sont les professionnels de l’alimentaire mais aussi les professionnels de santé, de l’énergie, de l’environnement… qui continuent à travailler en période de confinement, à faire en sorte que les stocks soient réapprovisionnés, les poubelles soient ramassées etc.

 

« A quelque chose malheur est bon »

 

Ce proverbe semble être valable pour une chose : ce virus nous permet de voir qui sont les vrais héros aujourd’hui.

 

Ce ne sont pas forcément des métiers avec à la clef un salaire à 6 chiffres, où l’on fait 35 heures, où l’on peut gérer son temps de travail à la manière d’un cadre ou avec une possibilité de télétravail…

 

Lors de son élocution du 13 avril 2020, Emmanuel Macron dit :

 

« Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd'hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. »

 

Puis, il cite une phrase de l’article 1 des droits de l’Homme et du citoyen :

 

« Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ».

 

UN CONSTAT

 

Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec mon expérience dans le conseil en accompagnement RH où j’ai pu voir qu’effectivement ces métiers n’étaient pas ou peu valorisés dans des contextes de plans de départ, outplacement, recrutement…

 

J’ai vu de nombreux projets professionnels dont la validation n’a reposé que sur une échelle de valeurs que je souhaite remettre en cause.

 

En contexte de plans de départ, j’ai vu des avis de commissions (celles qui décident du oui/non du projet de départ) et parfois même les avis des consultants RH eux-mêmes (qui accompagnent les salariés dans leur projet de départ) qui se basaient sur un jugement arbitraire. Ceux-là projetaient leur représentation de la réussite professionnelle sur l’Autre.

 

Il y avait ce consultant en mobilité professionnelle, qui mettait un avis défavorable sur le projet d’un homme qui se positionnait sur un poste d’agent de propreté/ripeur :

 

"Nan mais tu te rends compte, je ne peux pas donner un avis favorable sur ce projet, le mec va être obligé d’accepter ce genre de travail, c’est n’importe quoi !"

 

En questionnant son choix et le sens qu’il met dans la réussite professionnelle, il s’est avéré que cet homme comptait, grâce aux horaires proposés par ce nouveau métier, consacrer davantage de temps pour ses enfants et que travailler dans la propreté était sa manière à lui de nourrir sa valeur environnement.

 

« Il n’est point de sot métier… »

 

Et il y a eu cette femme, qui a été conseillère Pole Emploi durant 19 ans, qui disait à une candidate heureuse et fière d’avoir décroché un poste dans une boulangerie : « n’allez pas travailler dans une boulangerie vous n’aurez pas d’avenir, allez plutôt travailler chez [nom d'une grande enseigne], il y a des perspectives d’évolution ! »

 

Ou encore cette coordinatrice de projets en cabinet d’outplacement, qui affirmait que les projets de reconversion de type Sophrologie et Médiation n’avaient aucun débouché et qu’il fallait prioriser les projets de type universitaire lors de la validation des projets.

 

J’ai aussi eu ce client, Responsable du Recrutement, qui m’a sollicité pour un recrutement avec comme critère en gras dans sa demande : "profil atypique s’abstenir !" (il fallait qu’il ait fait une école de commerce sinon le CV passait à la poubelle).

 

Ou encore cette Directrice de la formation d’une SSII/ESN qui m’a affirmé que le niveau est meilleur chez les salariés issus des formations initiales des écoles privées de renom que chez ceux issus de l’université ou de formations continues.

 

Ou encore ces clients que j’ai accompagnés en coaching ou en psychothérapie qui ont projeté sur moi la fonction du sachant :

 

"Entre nous vous en pensez quoi de mon projet ? c’est valable ?"

 

En fait vous pourriez décider d’aller élever des chèvres à la montagne que ça serait pareil : il n’est pas dans mon engagement ni dans mon éthique de juger de la valeur de votre projet ; la viabilité oui, la valeur, non ! (en+ j’aime pas le fromage de chèvre...).

 

Sur quelle échelle de valeur nous basons-nous pour juger de la réussite professionnelle de l’autre ? L’autre n’est-il pas le mieux placé pour évaluer sa propre réussite ? (puisque c’est la sienne dont on parle ?)

 

Qui sommes-nous pour dire : « lui, il a réussi, il travaille dans tel secteur ? »

Ou pire : « Travaille bien à l’école si tu ne veux pas finir comme… ! »

 

A l’heure où les métiers à l’honneur sont ceux* qui ne l’étaient pas avant la crise comment pouvons-nous évaluer de la réussite professionnelle d’une autre personne que soi ?

 

*je pense notamment au personnel soignant, au métier de l’alimentaire, de l’environnement, aux routiers ou même aux coiffeurs après la crise... parce qu’il va en falloir du courage pour rattraper les créations capillaires qui circulent sur les réseaux sociaux (oui, on vous voit !)

 

La situation actuelle permet une remise en cause brutale de nos représentations : celui qui réussit est-il celui qui fait un métier avec une évolution (verticale ?) dans l’organigramme ou celui qui fait un métier qui permet à la société de survivre à une pandémie ? Celui qui réussit est-il celui qui spécule sur les marchés financiers ou celui qui sauve des vies en allant travailler tous les jours, mettant au passage sa vie en danger ? Celui qui réussit est-il celui qui à bac+5 avec une « bonne situation » dans une entreprise du CAC 40 ou est-il celui qui a un métier essentiel à la société ?

 

Alors quels enseignements tirer de cette situation critique en matière d’accompagnement des ressources humaines ?

 

Question aux professionnels des RH et de l’accompagnement de l’Humain, internes ou externes à l’entreprise : sur quelle échelle de valeurs nous basons-nous pour évaluer l’Humain, son projet, sa réussite professionnelle ?

 

UNE PISTE DE RÉFLEXION

 

Lorsque je pense à toutes ces situations, je vois une représentation de la réussite sociale et professionnelle comme une recherche d’élévation dans l’échelle sociale à la manière de l’ancien régime : Être embauché au sein d’une entreprise connue. Être promu. Monter dans l’organigramme. Gagner plus. Être le hiérarchique de (nombreux) collaborateurs. Avoir la reconnaissance du chef. Être le chef.

 

Et si nous dessinions une nouvelle représentation de la réussite ? Nourrir ses valeurs, les valeurs humaines et sociales ? Exploiter ses talents ? Accueillir la réussite de l’Autre sans la mettre en compétition avec la sienne (on ne court pas la même course !).

 

Question à tous ceux qui ont le sens de la compétition : que pensez-vous de faire une course contre la montre ? Etre le meilleur de vous-même ?

 

Dans les accompagnements en coaching ou en psychothérapie, je mets un point d’honneur à placer l’Humain au centre (c’est son avis qui est le + important, son projet et ses valeurs à lui) ; si mon client a des doutes, qu’à cela ne tienne, j’ai plein d’outils (dans ma boîte à outils) pour qu’il sorte avec toute l’assurance nécessaire (et la banane :)) à l’atteinte de son objectif personnel et professionnel !

 

En ces temps incertains, je salue le personnel soignant, les travailleurs de l’alimentaire, de l’énergie, de l’environnement... (et les coiffeurs aussi… merci d’avance !). Des métiers qui ne sont pas toujours rémunérés à leur juste valeur et pourtant qui sont essentiels à notre survie. Je salue leur actions face à cette pandémie et je salue tous ceux qui par leur métiers nourrissent la valeur de l’HUMAIN.

 

La crise que nous traversons va probablement bousculer un bon nombre d’entre nous sur le sens que nous donnons à notre travail et à la réussite professionnelle. Donner du sens. Se renouveler. Voilà une « bonne résolution » pour 2020, année du renouveau.

 

 

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